09/10/2009 – 3 questions à … Philippe Dupont, secrétaire national du Snuipp

0
Annonce vue 414 fois

 

 

{xtypo_dropcap}M{/xtypo_dropcap}ayotte Hebdo : Quelle est votre vision de l'éducation et des conditions de travail des enseignants ici ?

Philippe Dupont : Il y a un gros retard de l'Education nationale à Mayotte. Du point de vue de la simple scolarisation, les effectifs sont trop élevés, en moyenne 35 enfants en maternelle contre 30 en Métropole. Même chose au CP, les élèves ne parlent pas français et ils sont plus nombreux qu'en CP en Métropole. Les enseignants ont besoin d'être aidés dans leurs pratiques, plus que contrôlés. Par exemple, il existe des classes d'accueil pour les élèves qui viennent d'arriver en France, on pourrait les mettre en place ici.

Concernant les enseignants, le mot d'ordre du Snuipp est : "même métier, même statut". A Mayotte il y a 5 statuts différents ! La différence de traitement entre les contractuels et les expatriés est énorme, le sentiment d'injustice est compréhensible. Cela rejoint le combat que nous avons eu dans les années 90 en Métropole pour que tout le monde devienne professeur des écoles. Mayotte s'apprête à devenir département, elle doit avoir des conditions comparables aux autres départements et une même ambition pour les enfants. Il n'y a pas de développement sans un développement de l'éducation.

 

"Il n'y a pas de développement sans un développement de l'éducation"

 

MH : Que peuvent espérer de vous les instituteurs de Mayotte ?

Ph. D. : Je ne suis pas venu ici avec des solutions plein les poches. Je ne vais pas faire des promesses que je n'ai pas les moyens de tenir. Nous sommes venus partager notre expérience de l'organisation syndicale avec le nouveau Snuipp Mayotte, leur apporter les outils du premier syndicat enseignant du primaire, qui touche 50% des instituteurs et professeurs des écoles en Métropole. Il y a déjà certains points sur lesquels nous entendons lutter, notamment les constructions et les fournitures scolaires. Comment peut-on exiger d'un instituteur qu'il fasse du bon travail dans de telles conditions ? (Lors d'une discussion avec des instituteurs, l'un d'entre eux a rappelé que dans de nombreuses communes, les fournitures arrivent en janvier au lieu de septembre. Le mauvais état de certaines écoles a été également évoqué, NDLR) Apparemment ce sont des questions secondaires ici, il faut lancer des actions, si nous n'obtenons pas de réponse, le ras-le-bol va se faire sentir très vite…

Nous apportons au Snuipp Mayotte un soutien logistique. Nous pouvons intervenir à tous les niveaux pour permettre à Mayotte d'être représentée et imposer ici l'application des lois. Mais nos démarches n'auront du poids que si toute la population y est associée. L'éducation est l'affaire de tous, les parents et la population en général doivent s'y intéresser.

 

"Nous ne sommes plus à l'ère de l'alphabétisation, mais à celle de la formation de citoyens"

 

MH : Quels sont les points que vous entendez traiter en priorité ?

Ph. D. : Il faut déjà donner des conditions de travail correctes, des locaux aux normes et du matériel à l'heure, c'est notre priorité. Deuxième point, il faut rapidement s'intéresser à l'unification du corps des enseignants du primaire et arrêter l'embauche de contractuels. Les contractuels doivent être intégrés et il faut augmenter la possibilité d'intégrer le corps des professeurs des écoles…

MH : …Certains vous rétorqueront que de nombreux instituteurs n'ont pas le niveau requis pour être PE…

Ph. D. : Qui a recruté ces instituteurs ? Les responsables doivent assumer et leur offrir des formations pour les intégrer. L'embauche de personnels précaires dispense l'Education nationale de former des gens correctement. En Métropole aussi il y a eu des périodes de recrutement de masse pour pallier un manque d'instituteurs. Moi-même j'ai commencé comme contractuel, j'avais le niveau bac. J'ai été formé et intégré, aujourd'hui je suis directeur d'école.

On recrute des contractuels qui ont le niveau bac en sachant qu'il faut bac+3 pour être professeur des écoles, l'Etat doit assumer ce recrutement. Mayotte a un nouveau défi à relever : nous n'en sommes plus à l'ère de l'alphabétisation, mais à celle de la formation de citoyens. Il faut valoriser la fonction d'enseignant, valoriser le travail et le niveau, les enseignants mahorais sont découragés. Ici, on informe les personnels de leurs devoirs, mais jamais de leurs droits.

 

Propos recueillis par Hélène Ferkatadji

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici