Bruno Baratte est directeur de Tôles de Mayotte. Depuis plus de vingt ans, il fournit les entreprises de BTP et les particuliers. Acteur-clé de la reconstruction, il a accepté de revenir sur l’après-cyclone Chido. Témoignage.
« On a gardé nos prix d’avant-cyclone. On a subi ses effets comme tout le monde. Ainsi, pendant qu’on en produisait, il fallait nous même qu’on répare », raconte Bruno Baratte. Située dans la zone industrielle de Longoni, son entreprise Tôles de Mayotte existe depuis 2002. Le 14 décembre dernier, comme dans l’ensemble de Mayotte, son entrepôt a été frappé de plein fouet par l’événement climatique. « Dès la fin du cyclone, on est venu voir, on s’est dit que c’était fini. L’eau s’est infiltrée partout. Le temps de tout remettre en état pour que ce soit fonctionnel, on a dû tout nettoyer », raconte-t-il. « On a perdu la façade, une bonne partie de la toiture. »
Sur son téléphone, il conserve les photos des dégâts. « Pendant un moment, on a travaillé à ciel ouvert. On a rouvert la semaine du cyclone. Il nous a fallu une semaine pour remettre tout en état. Aujourd’hui, on continue de travailler en mode dégradé. Les matériaux ont beau avoir séché, ils continuent à s’oxyder, et avec le temps, ça provoque des pannes », explique-t-il, espérant l’arrivée d’un technicien au cours de cette semaine.
Revenant sur le contexte post-Chido, Bruno Baratte déplore le manque d’aide de la part des autorités : « Personne ne nous a aidés. On s’est débrouillés nous-mêmes. Jusqu’à aujourd’hui, j’attends que le Sidevam (N.D.L.R. syndicat intercommunal d’élimination et de valorisation des déchets de Mayotte) ramasse nos déchets, mais je n’ai vu personne. » Aux abords de l’entrepôt, de la laine de verre usagée est encore entassée sur le site de la zone industriel. Devant nous, le directeur rappelle sur son cellulaire le Sidevam, il reste sans réponse.
« Les tôles chiffonnées ne sont pas industrielles »
Malgré les difficultés, il reste fier de son entreprise. « On travaille avec des tôles conformes aux normes des bâtiments, avec les épaisseurs nécessaires. La qualité d’une tôle, c’est aussi la couche de zinc et celle de peinture qu’il y a dessus », précise-t-il. Lorsqu’on l’interroge sur les tôles chiffonnées qu’on peut retrouver entre les branches des arbres, il répond : « Les tôles que vous voyez chiffonnées dans les arbres ne sont pas des tôles industrielles. Nous, on utilise des tôles avec les épaisseurs requises. Nous avons un minimum de 0,60 millimètres pour le bardage et 0,75 millimètres pour la toiture. Les tôles chiffonnées que vous avez vues sont des tôles de bangas faits à la va-vite ».
Son entreprise reste non réapprovisionnée, mais elle fonctionne grâce aux stocks encore conservés. Il souhaite à présent tenir les délais de fabrication de ses clients*. « On a été dépassés par la charge de commandes. On avait même des délais de fabrication qui sont montés jusqu’à cinq semaines. Aujourd’hui, on a réussi à réduire ces délais à deux semaines. »
*L’entreprise vend ses tôles sur présentation de pièce d’identité, conformément à l’arrêté préfectoral du 3 janvier.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.