Depuis ce mardi, une partie des conducteurs de bus ont entamé un droit de retrait à la suite de plusieurs caillassages survenus depuis la rentrée. Pour Flash infos, Kamal-Eddine Attoumane Ahmed, délégué syndical de l’UI-CFDT à Mayotte Transport, a accepté de revenir sur leurs revendications.
Flash infos : Pourquoi avez-vous décidé d’exercer votre droit de retrait ?
Kamal-Eddine Attoumane Ahmed : Tout le monde est au courant que cette épidémie de caillassage a commencé en 2018. On avait mis l’accent dessus en 2021, en proposant des actions d’ordre régalienne et solutionner des problèmes qui n’ont jamais été résolus par l’État.
F.I. : On sait que la période des vacances est toujours marquée par de fortes tensions chez les jeunes. Est-ce que les autorités ont, selon vous, mis en place suffisamment de moyens pour assurer la sécurité ?
K.-E.A.A. : La solution n’est pas de mettre des forces de l’ordre partout. On sait très bien qu’on ne peut pas mettre un gendarme dans chaque bus. Sinon, cela voudrait dire qu’il nous faudrait 300 gendarmes chaque jour. Et même si chaque gendarme se positionne dans chaque car, ce n’est pas ça qui va arrêter les caillassages. Nous exigeons que le procureur de la République requière des sanctions sévères et exemplaires pour que d’autres ne reproduisent pas ces caillassages. Mais rien n’a été fait. Même si aujourd’hui nous avons la présence des forces de l’ordre sur les sites des lycées et des arrêts de bus, les caillassages sont toujours présents. Les gamins ont très bien compris que s’ils lançaient des cailloux, les gendarmes répliqueraient par du gaz lacrymogène.
F.I. : Avez-vous eu des discussions avec la direction avant de décider d’exercer ce droit de retrait ?
K.-E.A.A. : Ces trois dernières semaines, on a eu trois caillassages par jour. En 28 jours de travail depuis notre reprise après le cyclone Chido, nous en avons recensé 58. Ce sont des choses qu’on aurait pu anticiper. Le pire, c’est qu’on subit ces conséquences en même temps que les élèves, physiquement, psychologiquement et moralement, sans que les autorités n’agissent.
F.I. : Vous évoquez que ni le rectorat, ni la préfecture, ni le conseil départemental, ni vos employeurs ne souhaitent assumer leurs responsabilités. Selon vous, quel acteur aurait dû prendre en charge cette responsabilité ?
K.-E.A.A. : La sécurité est une question régalienne qui revient à l’État, sans oublier que le propriétaire du marché a aussi la responsabilité de nous fournir la sécurité et de bonnes conditions de travail. Sans oublier les transporteurs pour lesquels nous travaillons. Selon l’article L4121-1 du Code du travail, la sécurité et la santé physique et mentale du travailleur sont à la charge du patronat. Quand les élèves sont sur le parterre du bus, ils sont sous la responsabilité du conseil départemental et du gestionnaire Transdev, mais une fois entrés dans le bus, le conducteur devient responsable des élèves.
F.I. : Quel message souhaitez-vous envoyer en exerçant ce droit de retrait ?
K.-E.A.A. : On demande une énième fois à l’État, au conseil départemental, au gestionnaire Transdev ainsi qu’à nos transporteurs de cesser de jouer. Comment peut-on nous laisser payer au prix fort, tous ces bus brisés, et de l’autre côté, qu’on continue à nous caillasser ? Il faut qu’on nous explique. Depuis 2018, à Mayotte, on n’y échappe plus. Il faut à présent discuter d’une véritable solution.
F.I. : Étant donné que ce n’est pas la première fois que vous exercez ce droit de retrait, quelles garanties attendez-vous désormais pour assurer la sécurité des agents et améliorer les conditions de travail ?
K.-E.A.A. : On veut travailler dans des conditions sereines. En décembre, nous nous sommes aussi mis en droit de retrait, par rapport à la mise en place des vitres en polycarbonate. Un cadeau empoisonné. L’idée de ces vitres était de protéger contre les caillassages, mais c’est une idée mal appliquée, car la conformité des bus a été transformée. Les bus tropicalisés, non climatisés, avec des vitres en polycarbonate, aggravent le confort et transforment les bus en un four. Au lieu d’avoir 25 à 32 degrés, on passe à 52, voire 70 degrés. Du coup, la vie des gamins et du conducteur est encore en danger. L’État et la Dealm (direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement) sont là, tout comme les contrôles techniques. Ils voient que les bus ne sont pas aux normes, mais les laissent rouler.
F.I. : Où en êtes-vous par rapport aux négociations ? Voyez-vous des avancées ?
K.-E.A.A. : J’attends actuellement la programmation qui devrait avoir lieu ce vendredi au conseil départemental. Mais j’ai l’intention d’aller jusqu’au prud’hommes si jamais je n’obtiens pas gain de cause. Je souhaite que le monde sache ce qui se passe réellement.
Aucun bus dans le nord de Grande-Terre
Le réseau Hal’O est resté fortement perturbé, ce mercredi. 66% du service était fonctionnel. Aucun bus ne fonctionnait dans le nord de Grande-Terre et 9 % du service était assuré dans le Sud. Seules les lignes SU29, SU30, SU52, SU11 et SU12 ont été annoncées par Transdev. En revanche, sur le reste du département, la zone Centre, la Cadema, Petite-Terre et le transport des personnes à mobilité réduite ont pu fonctionner sans aucune perturbation.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.