À Mayotte, les enseignants qui ont fait leur rentrée ce lundi se préparent à accueillir les élèves le 27 janvier, six semaines après le cyclone Chido. Les infrastructures scolaires endommagées et les incertitudes liées au suivi des élèves suscitent des inquiétudes. Pourtant, malgré les défis logistiques et psychologiques, la solidarité et les efforts locaux restent au cœur des préparatifs.
« Je ne sais pas comment je vais retrouver mes élèves », s’interroge Asheka*, enseignante au collège des Ylangs-Ylangs, à Kani-Kéli. À moins d’une semaine de la rentrée des élèves, les professeurs, rentrés pour la plupart ce lundi, se préparent à affronter une situation inédite après Chido, exacerbée par le passage de la tempête tropicale Dikeledi, qui a durement touché le sud de l’île le 12 janvier.
Soutien entre membres du personnel
Dès la fin des épisodes cycloniques, certains chefs d’établissement ont cherché à maintenir le lien avec leurs équipes éducatives. Au collège des Ylangs-Ylangs, la principale a créé une communauté WhatsApp organisée en deux sections : une pour relayer les annonces officielles de l’Éducation nationale et du rectorat, et une autre dédiée aux discussions informelles. « Dans la partie discussion, elle prenait régulièrement des nouvelles pour voir si tout le monde allait bien », raconte un enseignant. Cette initiative a permis de garder le contact jusqu’à la pré-rentrée des professeurs de l’établissement, fixée au 16 janvier.
De son côté, Abdou Boina, professeur en BTS Économie-Gestion au lycée de Chirongui, a participé à la rentrée administrative dès le début de la semaine. « Je sais que ce n’est pas l’avis de tout le monde, mais il était important qu’on fasse un état des lieux ensemble. C’était l’occasion de découvrir l’état des classes en dehors des réseaux sociaux, de se synchroniser et d’évaluer ce qu’il est possible de faire», explique le professeur.
Dialogue et recueil des doléances
Les enseignants ont également repris contact avec leurs élèves dès que les réseaux de communication ont été rétablis. « Après le cyclone, j’étais préoccupé par ma famille et ma propre situation. Par exemple, mon véhicule a été endommagé. Mais progressivement, j’ai commencé à contacter mes étudiants, d’abord par mail, puis par téléphone», explique Abdou Boina, qui a pu obtenir des nouvelles de 19 de ses 24 élèves.
Asheka, qui a auparavant enseigné au collège de Doujani, a également pris contact avec ses anciens élèves, notamment via mail et Instagram. « Dès le lendemain du cyclone, quand j’ai vu les dégâts à Mamoudzou, j’ai tout de suite pensé à eux», confie-t-elle.
Cependant, la rentrée reste une source d’inquiétude pour Abdou Boina : « Est-ce que je vais réussir à revoir tous mes étudiants ? Je pense que c’est une question qui angoisse tous les collègues. » Il fait partie des enseignants qui assisteront à une formation organisée par le rectorat pour recueillir la parole des élèves dans ce contexte de crise. Les premiers jours de classe seront consacrés à des échanges avec les élèves, avant une reprise progressive des cours. Mais Abdou Boina l’admet : « On ne sait pas dans quel état psychologique nous retrouverons nos élèves, ni comment combler le retard pris dans le programme. » Un défi qu’il faudra également surmonter en vue des examens nationaux à venir.
Malgré tout, Asheka se réjouit de retrouver ses élèves : « J’ai quand même hâte de reprendre plaisir à enseigner, surtout avec ma petite classe de 5ᵉ. »
*Le nom a été modifié
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.