
Récit d'une rencontre exceptionnelle
C'est la deuxième fois qu'un groupe d'orques est aperçu près de Mayotte, la première rencontre de ce type avait eu lieu en août 2007 au large de l'îlot de sable blanc du sud. La semaine dernière, ce sont deux femelles et deux petits qui ont été observées à deux reprises au large de Petite Terre puis de Saziley. Les opérateurs touristiques ont eu la formidable surprise de voir apparaître ces princes des mers en pleine chasse, un spectacle exceptionnel qui nous rappelle que Mayotte est un lieu privilégié où les mammifères marins se laissent approcher, dans la mesure où cela se fait avec respect.
On a pu les observer en surface, elles sortaient de l'eau à la verticale pour nous observer. Elles tournaient autour du bateau, passaient dessous et je me suis mis à l'eau pour faire des images. La plus grosse s'est approchée très près, et j'avoue que j'ai vite replié mes jambes en réfléchissant à ce qu'elle ne puisse rien me prendre ! Mais elle n'avait rien de menaçant, c'était vraiment de la curiosité. Je n'ai pas non plus insisté, j'ai fait quelques photos et je suis remonté sur le bateau", rapporte Yannick Stefan.
La dernière observation d'un groupe d'orques remonte à 2007, au mois d'août vers l'îlot de sable blanc du sud, mais Yannick est catégorique, ce n'étaient pas les mêmes : "la dernière fois ils étaient six et certains avaient des cicatrices reconnaissables". Pour lui, les orques étaient là pour se nourrir : "en ce moment on voit des stenos, des orques naines. Au large des cachalots ont été aperçus… C'est la période des alevins et les prédateurs les suivent".
Des orques venues pour chasser
Niels Bertrand, gérant de la société Sea Blue Safari, a pu observer les quatre orques nomades en pleine chasse vendredi. Une rencontre exceptionnelle qui a impressionné le professionnel et les clients qui ont eu la chance de rester aux côtés de ces animaux pendant plus d'une heure.
La présence de ces mammifères marins au large des côtes mahoraises n'est pas anormale, bien qu'elle soit très rare. Contrairement à ce que l'on peut croire, ces animaux ne vivent pas qu'en eau froide et sont présents dans toute la région de la côte est africaine, de l'Afrique du sud aux Comores. Les pêcheurs et navigateurs rapportent quelques fois des observations près des côtes malgaches et comoriennes.
"Ceux qui sont vus le plus régulièrement sont ceux qui vivent vers les îles Kerguelen et du Crozet", explique Niels Bertrand. Les quatre spécimens observés à deux reprises la semaine dernière étaient là pour chasser, c'est d'ailleurs à cette manœuvre spectaculaire qu'ont pu assister les passagers de Sea Blue Safari.
"Nous étions à deux bateaux au large de Saziley et nous savions que les orques avaient été observés mardi par Mayotte Découverte. Evidemment nous espérions les voir. La météo nous permettait de les chercher. L'un des bateaux était en observation sur un groupe de dauphins et il a vu à quelques centaines de mètres des remous bizarres. Lorsqu'il s'est approché pour voir ce que c'était, les orques sont apparues. J'étais sur le deuxième bateau et j'étais également à côté de dauphins, ils avaient l'air excités et je pense que ce comportement s'explique par la présence des orques à proximité", rapporte Niels Bertrand.
"Quand j'ai reçu l'information du deuxième bateau, je me suis rapproché. Là on a vu des orques très curieuses, qui s'approchaient de l'étrave du bateau. Elles ont plongé, on a vu des éclaboussures au loin et on s'est rendu compte qu'elles étaient derrière les dauphins, en train de les pourchasser. On les a suivies car elles allaient très vite. Les orques ont isolé un sténelle. Au bout de dix minutes, épuisé, il s'est arrêté et les orques tournaient autour de lui, jouaient avec lui. Elles ont replongé et faisaient des apnées de 5 à 10 minutes. Au bout d'un moment on les a vues réapparaître avec le dauphin dans la gueule... Elles l'ont fatigué, ont cherché à l'asphyxier et le coup fatal a été donné sous l'eau."
Niels Bertrand fait son récit avec beaucoup d'émotion, encore sous le charme de cette rencontre et se rendant compte de la chance d'avoir pu assister à cette scène. Une fois rassasiés, les animaux sont venus à la rencontre des deux bateaux, jouant autour et se laissant observer.
Une approche règlementée qui doit se faire dans le respect
Le groupe d'orques se composait de deux femelles et deux jeunes, dont la dominante mesurait environ 6,5 mètres de long. Autant dire que ces mammifères marins, qui ne sont pas les plus grands, sont tout de même très impressionnants. Selon les dires des deux professionnels, les épaulards dégagent un sentiment de toute puissance. Ne possédant aucun prédateur hormis l'homme, ils sont considérés comme les princes des océans. Cette espèce, de la famille des cétacés, est voisine du dauphin. Aux dires de ceux qui ont eu la chance de les voir, cet animal est très intelligent et curieux.
"On a attendu qu'elles soient calmes, et c'est là que je me suis mis à l'eau. J'ai pu faire quelques images sous-marines et je me suis rendu compte sous l'eau que ces animaux étaient vraiment en pleine confiance, ils n'ont aucun prédateurs. Ils sont venus nous voir plusieurs fois à environ 50 cm de nous…", relate Niels Bertrand.
Il est évidemment fortement déconseillé de se mettre à l'eau à proximité de ces mammifères marins, car si l'orque possède un physique sympathique renforcé par l'image véhiculée au cinéma, elle n'en reste pas moins un animal sauvage, carnivore et une redoutable prédatrice. Tout geste brusque peut être perçu comme une menace ou une agression et peut être mal interprété par l'animal, qui n'hésiterait donc pas à se défendre... Toutefois, son système d'écholocation (voir encadré) lui permet de reconnaître à plusieurs kilomètres les animaux qui l'entourent, ainsi il fait la différence entre une tortue, une baleine, un homme ou un dauphin.
Si les deux opérateurs touristiques et leurs clients ont pu observer en toute quiétude ces quatre mammifères marins, c'est parce que le lagon possède toutes les caractéristiques pour accueillir ces animaux. Ceci dit, le plus grand respect est de mise pour observer toutes les espèces, que ce soient les dauphins comme les baleines. Une règlementation est en vigueur et la Charte d'approche des mammifères marins a été mise en place pour protéger la quiétude de ces animaux exceptionnels, qui font la richesse et la réputation du plus beau lagon du monde.
Marion Châteauneuf
Les photographies et vidéos réalisées par Sea Blue Safari sont disponibles sur le site de l'association Megaptera : www.megaptera.org ou via Facebook sur les profils de Megaptera et Sea Blue Safari Mayotte.
Fiche d'identité
L'orque, également appelé épaulard, vient du latin orcinus orca signifiant "celui qui apporte la mort"... On lui prête également le surnom de "baleine tueuse", par anglicisme de son appellation anglophone "killer whale".
Classification : mammifère marin
Ordre : Cétacé
Sous-ordre : Odontocète (baleine à dents)
Famille : Delphinidé
Comportement : sédentaire ou migrant
Régime : Carnivore - poissons, autres cétacés, oiseaux, phoques…
Longueur : 7 à 9 mètres
Poids : 4 à 9 tonnes
Longévité : en moyenne 30 ans pour un mâle, 50 ans pour une femelle
Reproduction : toute l'année - préférence de mars à juillet
Répartition géographique : Présente dans tous les océans et mers du monde
Objet de tous les fantasmes, l'orque est pourtant un animal particulièrement intelligent et sensible. Dotée d'un langage riche et fédérateur, elle perd peu à peu sa réputation d'animal sanguinaire pour laisser entrevoir la pluralité de ses talents.
Sa livrée noire et blanche la rend reconnaissable de suite. Le noir lui permet de passer inaperçue dans l'obscurité sous-marine et, ainsi, de chasser en toute discrétion. Le blanc, lorsqu'elle se place face à sa proie, a au contraire pour but d'effrayer et donc de tétaniser.
Autre signe bien distinctif des orques : la nageoire dorsale. Chez la femelle, elle mesure environ 1 mètre de hauteur et à la forme d'une faux. Chez le mâle, elle est parfaitement triangulaire et peut atteindre 1,80 mètre. La nageoire dorsale est propre à chaque orque et permet aux observateurs de reconnaître les individus, elle est en effet aussi fiable que nos empreintes digitales. Elle a un rôle de "stabilisateur", à l'image d'une quille de bateau.
Le sous-ordre des odontocètes signifie littéralement baleine à dents. L'orque en possède une cinquantaine, d'une longueur moyenne de 7 cm.
Comme tous les représentants de cette famille, le corps de l'orque est taillé pour les sprints aquatiques. Si son rythme de croisière est d'environ 5 à 6 km/heure, l'orque peut atteindre, en pleine chasse, les 50 km/h.
Sa peau, d'une consistance et d'un aspect proche du caoutchouc, a la particularité de se déformer selon la pression et les turbulences de l'eau, réduisant au maximum les frottements susceptibles de freiner sa course.
Bien que l'orque possède une excellente vision sous l'eau comme hors de l'eau, ce qui est assez rare pour être mentionné, pour palier à ce manque de lumière elle utilise un système des plus sophistiqué : l'écholocation. Pour tenter de simplifier ce processus, disons que l'orque émet un son à haute fréquence devant elle. Ce son (qui va 5 fois plus vite sous l'eau que sur terre) en rencontrant des obstacles va créer un écho. La fréquence de cet écho va être analysée par l'orque de façon à créer une image virtuelle de l'obstacle rencontré, et ce même si ce dernier est à plusieurs kilomètres. Cette technique lui permet de cartographier son environnement.
Source: www.univers-nature.com
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